Les portraits familiaux qui nourrissent mon récit de vie

La famille de mon père

Cette partie de mon récit de vie familial commence naturellement par la branche paternelle, dont les histoires ont façonné notre identité. Le famille récit de vie témoigne de l’importance de transmettre les souvenirs et valeurs entre générations.

La famille de ma mère

Cette branche maternelle occupe une place essentielle dans mon récit de vie, tant elle a influencé notre famille et nos valeurs.

Mes parents

La famille a toujours été le socle de mon récit de vie, et c’est pour cela que je consacre cette page à retracer l’histoire de ma famille. Elle m’a transmis des valeurs, des repères, une manière de voir le monde. Chacun de ses membres a joué un rôle essentiel dans mon histoire, parfois avec force, parfois avec discrétion, mais toujours avec amour.

mariage de mes parents – famille et récit de vie de Bernard François



« La famille, c’est là où la vie commence et où l’amour ne finit jamais.

J’en avais rêvé…

Ma grand-mère Marie : Les souvenirs que je garde d’elle s’inscrivent profondément dans notre famille et dans mon récit de vie

Tout d’abord, la famille de mon père, Marcel. Sa mère, Marie, petite femme née Manque, appartenant à une famille de paysans de la région de la Nied, et je ne l’ai pas bien connue. Les souvenirs qu’il me reste d’elle sont marqués par une certaine distance. Il y avait sûrement beaucoup de non-dits vis-à-vis de notre famille, et même la relation que mon père avait avec elle n’était pas affectueuse, ce qui m’a toujours semblé étrange.
Je garde en mémoire une ou deux escapades estivales à vélo, où nous allions grappiller des groseilles maquereaux dans son jardin, et une soupe aux pâtes sucrées un midi. Sa maison était toute petite avec un grand jardin maraîcher, qui lui servait de réserve de légumes. En écrivant ces lignes, je me demande quels pouvaient être ses revenus. Elle est décédée seule à Vic-sur-Seille, dans un EHPAD, le 17 octobre 1988.
Avec le recul, je réalise à quel point la distanciation entre un couple peut faire du mal aux enfants en privilégiant une famille par rapport à l’autre. J’aurais aimé en savoir plus sur cette Marie et la famille Manque. Ma mère ne l’aimait pas, et cela nous a influencés vers sa famille, au détriment de celle de mon père.

portrait de ma grand-mère Marie dans mon récit de vie familial

Mon grand-père Émile : Son destin tragique fait partie des événements qui ont marqué notre histoire familiale et mon propre récit de vie.

Émile, c’est le deuxième prénom que je porte, est décédé dans un accident de train pendant la guerre, à Secourt (petit village non loin de Delme), le 3 décembre 1941. Mon père, Marcel, qui avait alors 16 ans, et Émile avaient pris le train en gare de Delme pour se rendre à Metz. À hauteur de Secourt, un accident ferroviaire survint. Mon père nous a raconté qu’il avait retrouvé son père défiguré et mort dans ce train. Lui-même s’en est sorti quasiment indemne, avec seulement une petite cicatrice au bas du menton. Durant toute sa vie, cette période du 3 décembre est restée pour lui un moment difficile.
Bien des années plus tard, la ligne SNCF fut transformée en chemin de promenade. En l’empruntant, j’ai imaginé ce que mon père et mon grand‑père avaient pu ressentir. Regardant les taillis de part et d’autre de cette voie ferrée désaffectée, j’ai essayé de me mettre à la place de mon grand-père. Discutait-il avec mon père ? Regardait-il la nature ? Il ignorait qu’une douzaine de kilomètres plus loin, il avait rendez-vous avec la mort… sa propre mort.
Émile disparu, il ne restait que Marcel et sa mère, à la tête de deux fermes dans leur village de Laneuveville-en-Saulnois. Mon père avait alors 16 ans, et ma grand-mère décida de donner à son frère Joseph, à la ferme de Nied, tout le matériel agricole des François. Ma mère, qui ne connaissait pas encore mon père à l’époque, se souvenait bien d’avoir vu passer, devant son café, des charrettes chargées des biens des François, partant vers d’autres cieux.

portrait de mon grand-père Émile, que je n’ai pas connu, dans mon récit de vie familial

Les racines de ma famille, au cœur de mon récit de vie

Ma grand-mère Valentine : Beaucoup de mes repères viennent d’elle, et son influence traverse encore aujourd’hui notre récit de vie familial.

Côté maternel, ma grand-mère Valentine a beaucoup compté pour moi. Mes parents, très occupés par le restaurant, avaient envoyé René et moi chez nos grands‑parents.
Nous y avons passé une grande partie de notre enfance, ainsi que nos études primaires.
Valentine et mon grand-père Gaston s’occupaient d’un petit café de village. À cette époque, il n’était pas rare que les familles possèdent une mini-ferme pour subvenir à leurs besoins. Chez Valentine, il y avait un élevage de cochons, de lapins et une basse-cour. Je n’oublierai jamais mes peurs, le soir, lorsque ma grand-mère allait déloger les poules pour ramasser les œufs frais. Caché derrière elle, sous son tablier, craignant l’attaque des mères à qui elle retirait leur future progéniture. Je n’oublierai jamais l’attaque des dindons. Ces créatures tourbillonnaient autour de moi en gloussant. Je ne dois mon salut qu’à mon frère René, qui, entendant les bruits de ces rapaces, était venu me secourir.
Comment ne pas évoquer aussi les samedis où le « père Nicolas » venait à moto déjeuner chez Valentine. Il récupérait les peaux de lapins que Gaston avait tués dans la semaine. Ma grand-mère avait une tirelire où elle mettait une pièce de cinquante centimes. Elle disait qu’elle m’achèterait une 2CV quand je serais grand.
Valentine était une cuisinière hors pair. C’est chez elle que j’ai attrapé le virus de la cuisine.

J’ai appris à faire mes premières tartes. Avec le reste de pâte, j’emballais une pomme, faisais une petite cheminée. Lorsqu’elle ressortait du four, j’étais fasciné par ma création. Que dire aussi de la fabrication des terrines. Un tiers de viande de porc, un tiers de lard gras, un tiers de foie de porc ou de volaille. Des épices, des échalotes, de l’ail, des œufs, de la farine. Mon plaisir était de tourner la manivelle du hachoir à viande. À la fin, un morceau de pain pour pousser les restes de viande coincés dans l’appareil. Enfin, mélanger cette viande à la main, et goûter pour ajuster l’assaisonnement après avoir incorporé le cognac. En hommage à ces moments précieux, bien des années plus tard, j’ai inclus la recette de cette terrine maison « Valentine » dans les menus de nos établissements.
Valentine était tout pour moi. Il est dommage que nous nous soyons quittés sur un malentendu…
Valentine et Gaston ont vendu leur café et leur maison de Viviers pour venir habiter dans le magasin jouxtant l’hôtel que ma mère venait d’acheter. C’est dans cette maison que je vis aujourd’hui. J’avais été envoyé en pension chez les frères maristes à Aulnois-sur-Seille, à 8 kilomètres de chez nous. Un soir, après le dîner, ma mère m’appela pour m’apprendre que Valentine, suite à un malaise, avait été emmenée à l’hôpital. En réalité, elle avait fait une attaque cérébrale et est décédée peu de temps après.
À cette époque, dans le magasin que nous tenions, il y avait des jouets. Parmi eux, une panoplie d’outils que je rêvais d’obtenir pour réparer tout ce qui clochait chez nous. J’ai utilisé tous les subterfuges possibles pour les obtenir, comme l’enfant gâté que j’étais. Ma grand-mère, comprenant mon manège, s’opposa à cet achat, pensant me donner une leçon éducative. Finalement, je me suis tourné vers ma mère, et j’ai obtenu ces outils malgré tout, au grand dam de Valentine. Quelques jours plus tard, en voulant rendre visite à mes grands-parents, je trouvai porte close. Encore aujourd’hui, je fais ce cauchemar du petit garçon que j’étais, devant cette porte infranchissable, en pleurs, culpabilisant… et je n’ai jamais revu ma grand-mère adorée.

Mon grand-père Gaston : Les gestes simples de Gaston, sa bonté et sa présence ont laissé une empreinte durable dans notre famille et dans mon récit de vie.

Facteur de métier, Gaston s’occupait également des divers travaux de la maison, du jardin, de la mini-ferme et du café.
Ayant vécu ma tendre jeunesse chez mes grands-parents, je me souviens de lui nous préparant, à mon frère René et à moi, un goûter à base de noix qu’il avait pris soin de décortiquer, en enlevant même la fine peau amère. Ce goûter était présenté sur un bout de papier journal et nous régalait après l’école.
Ce n’est qu’à sa mort que j’ai vraiment compris qui il était. Les témoignages de ses amis parlaient d’un homme gentil, blagueur, serviable.
Je me souviens d’un conscrit venu l’embrasser. À cette époque, lorsqu’une personne décédait, on gardait le corps à la maison. Yvette m’avait donc confié la mission de veiller sur lui et de recevoir les gens qui venaient lui administrer l’eau bénite. Je me souviens d’un moment particulièrement marquant lorsque l’un de ses amis, un conscrit, s’approcha de lui, entama un dialogue en se remémorant leurs périples de guerre, puis l’embrassa. Ce geste m’avait profondément marqué : d’une part, j’avais ressenti une grande peur à l’idée de veiller seul un mort, et d’autre part, j’avais réalisé à quel point l’amitié est une qualité précieuse dans la vie.

mes grands-parents maternels devant leur bistrot – famille et récit de vie de Bernard François
A gauche sur la photo devant le café de Viviers

Les figures marquantes de ma famille

Ma mère : une femme de caractère, de courage et d’influence

Ma mère a profondément marqué ma vie — peut-être même trop, diront certains. C’était une femme de caractère, une vraie « maîtresse femme », de celles qui avancent sans trembler, qui décident, qui tranchent, qui portent leur famille à bout de bras.

Après son mariage, mes parents vivaient chez mes grands-parents à Viviers. Mon père enchaînait les petits boulots — chauffeur, ouvrier chez Devin, une usine locale de matériel agricole. Mon frère René est né en 1952. Mais cette situation ne convenait pas à ma mère. Elle rêvait d’indépendance, d’un lieu à elle, d’un avenir qu’elle construirait de ses propres mains.

Lorsque le café du centre de Delme fut mis en vente, elle n’hésita pas : elle décida de l’acheter. Nous étions à peine dix ans après la guerre, et le bâtiment portait encore les stigmates du conflit. Elle aimait raconter que, lorsqu’elle travaillait en cuisine, des rats pouvaient lui tomber sur le dos. Cela ne l’a jamais arrêtée. C’était une femme courageuse, une femme de poigne, mais toujours avec une douceur qui lui appartenait.

Son influence ne s’est pas limitée à notre famille. Elle a marqué la vie de nombreux collaborateurs, dont certaines la considéraient comme une seconde mère que je détaillerai dans ce récit de vie. Sa présence, son exigence, sa bienveillance ont laissé une empreinte durable.

L’amour du spectacle : son héritage le plus précieux

S’il y a un héritage que je lui dois, c’est celui de l’amour du spectacle. Enfant, elle se rendait souvent à Paris, rue Jean-Giraudoux, pour rendre visite à son oncle — mon parrain. Elle y avait sans doute découvert les scènes parisiennes de l’après-guerre, leurs lumières, leurs musiques, leur magie.

Très tôt, elle nous a transmis cette passion. Grâce à elle, j’ai découvert les opérettes du Châtelet, les pièces de théâtre, et tout un univers artistique qui a façonné ma sensibilité. C’est elle qui a éveillé en moi cette ouverture au monde, cette curiosité, cette émotion qui ne m’a jamais quitté.

Des coïncidences qui résonnent encore aujourd’hui

Pour mesurer l’influence qu’elle a eue sur moi, il suffit de regarder les coïncidences qui ont jalonné ma vie. Enfant, chaque dimanche après-midi, une séance de cinéma était organisée à la salle Saint-Germain par les jeunes du village. J’y ai découvert Autant en emporte le vent, Ben Hur, et surtout Un homme et une femme, Palme d’or en 1966. J’avais dix ans. Sans le savoir, ce film ouvrait une porte vers l’univers de Claude Lelouch, un réalisateur qui, bien plus tard, reviendrait dans ma vie d’une manière étonnante.

Puis vint Le Voyou, en 1970, un autre film qui marqua mon enfance — toujours sans que je sache que ce réalisateur deviendrait un fil rouge dans mon parcours.

Toutes ces coïncidences, ces rencontres artistiques, ces émotions… Elles viennent d’elle.Sa sensibilité. Son regard. De ce qu’elle nous a transmis.

ma mère – famille et récit de vie de Bernard François
Celle par qui tout est arrivée

Mon père

Mon père était un homme discret, réservé, de ceux qui ne parlent pas beaucoup mais dont la présence suffit à rassurer. Il n’était pas du genre à s’imposer, ni à hausser la voix. Sa force était ailleurs : dans le travail, dans la constance, dans cette manière silencieuse d’assumer ses responsabilités sans jamais se plaindre.

Dans les premières années de leur mariage, il enchaînait les petits boulots pour faire vivre la famille : chauffeur, ouvrier chez Devin, une usine locale de matériel agricole. Ce n’était pas un homme qui cherchait la lumière. Il avançait simplement, avec sérieux, avec dignité, avec cette humilité qui le caractérisait.

Un homme de devoir

Ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est son sens du devoir. Marcel ne parlait pas de courage, mon papa l’incarnait. Il ne parlait pas d’efforts, Marcel les faisait. Il ne parlait pas d’amour, mon père le montrait à sa manière, par des gestes simples, par sa présence, par son travail.

Discret il n’a jamais cherché à briller. Mais il a toujours été là. Et parfois, c’est cela, la vraie force.

Un équilibre face au caractère de ma mère

Face à la personnalité forte de ma mère, il formait un contrepoint parfait. Yvette décidait, il suivait. Elle impulsait, il soutenait. Elle rêvait, il rendait les choses possibles.

Ce duo, parfois contrasté, souvent complémentaire, a façonné notre famille. Il acceptait les choix de ma mère, même les plus audacieux, avec une loyauté silencieuse. Sans lui, rien n’aurait été pareil.

Ce qu’il m’a transmis

De lui, j’ai appris la patience, la rigueur, le respect du travail bien fait. J’ai appris qu’on peut être fort sans être bruyant, qu’on peut être essentiel sans être visible. J’ai appris que la discrétion n’est pas un effacement, mais une forme de noblesse.

Il m’a transmis une manière d’être au monde : simple, droite, honnête. Et même si son influence est moins spectaculaire que celle de ma mère, elle est tout aussi profonde. Elle est là, partout, dans ma façon de travailler, de me comporter, de regarder les autres.

Un moment de complicité entre deux membres de la famille, illustrant l’importance des liens familiaux dans le récit de vie.
mes frères et moi, un moment important de mon récit de vie familial

René, l’aîné, quatre ans de plus que moi :

René a toujours été en quelque sorte le chef de la fratrie. Il a quatre ans de plus que moi et, très tôt, il a pris des décisions importantes pour lui-même, notamment lorsqu’il a décidé de quitter la maison familiale pour s’engager dans l’armée. Cette décision est intervenue après des conflits réguliers avec notre mère, dont le caractère autoritaire ne lui convenait pas. Au fil des ans, nous avons suivi des chemins différents, mais René restera toujours ce grand frère protecteur qui veillait sur nous.

Jean, dit Jeannot, vingt mois de moins que moi :

Jeannot, le troisième de la famille, a toujours été un garçon au caractère bien trempé. À seulement 16 ans, il a pris la décision de quitter l’école pour se rendre en Haute-Savoie, où il est devenu l’un des plus jeunes pré apprentis de France en cuisine. Il a ainsi suivi une voie très différente de celle que nos parents avaient envisagée pour lui, mais il a prouvé qu’il savait ce qu’il voulait. Jeannot a toujours été déterminé, parfois même têtu, mais cela lui a permis de tracer sa propre route, loin des attentes familiales.

Michel, dit Mimi :

Mimi, quatre ans de moins que moi, celui que j’appelle « la deuxième voix » tellement nous partageons les mêmes sensibilités. Toujours le cœur sur la main (sauf quelquefois) lorsque qu’il fait ses excès ou qu’il est contrarié. Le meilleur footballeur d’entre nous sans discussion. C’est celui de mes frères avec qui je ressens une complicité délicate.

la dernière photo de mon père, un moment fort de mon récit de vie familial
A quoi pensait il ?

Moments partagés : la famille dans mon histoire intime

Comment clore ce chapitre sans repenser à ces jeudis d’hivers où nous partions toute la famille faire du ski dans les Vosges, qu’il pleuve ou qu’il neige. Aux voyages en Autriche, en Italie, au bord du Rhin, en Alsace, en forêt Noire, au Luxembourg… Et bien sûr, nos merveilleuses vacances en Belgique à Saint-Idesbald, dont je garde de merveilleux souvenirs.
Je me rappelle également de la dernière photo que j’ai de mon Papa. Elle a été prise depuis l’appartement le Deauville à De Panne en Belgique. Il regarde songeur l’horizon, avec Caroline à ses côtés. À quoi pensait il ? Peut-être à cette fatigue qui le déstabilisait de jour en jour, à cette maladie qui le rongeait petit à petit. Que voyait il en regardant ces vagues qui déferlaient sur le sable ? Des vagues qui continuent, encore aujourd’hui, de venir mourir sur la côte Belge imperturbablement.
Nous avons eu une belle jeunesse, même si nous ne nous en rendions pas toujours compte à l’époque. Élever quatre garçons tout en gérant un commerce était un véritable défi, mais quels liens extraordinaires cela a créés entre nous. Je souhaite à tous de connaître ces moments de joie et de complicité, si précieux.
Une simple attitude, un regard, et nous nous comprenions.
Encore merci à nos parents de nous avoir fait connaître ces sentiments qui m’animent encore aujourd’hui.

En retraçant ces portraits, je comprends mieux comment notre famille a façonné mon récit de vie, pierre après pierre, génération après génération.