Chapitre 2 : Ce chapitre présente un récit de vie d’adolescence, explorant les expériences marquantes de cette période.
Mes études
Delme
Aulnois
l’école hôtelière de Strasbourg.
Mes débuts au Restaurant, les relations avec le personnel, la cuisine, la découverte du monde professionnel, les concours, l’armée.
Et déjà Claude Lelouch
(Le Film sur le mariage 1975)
L’étude est le chemin qui mène à la sagesse.
Nos racines établies, voici maintenant le début de mon histoire.
J’ai donc débuté ma scolarité à l’école maternelle de Delme chez la sœur Jeanne.

Personnage pittoresque et attachante de notre village. J’ai de vagues souvenirs de siestes régulières et de gouter où l’on nous servait du lait tiède vers 10 heures. Cela avait été décrété par le gouvernement de Pierre Mendés France à l’époque.
Nos parents occupés par le café restaurant nous ont alors, René et moi envoyé suivre nos études élémentaires à Viviers chez nos grands-parents maternel. C’était une école avec un seul maître monsieur OFFROY qui apprenait à diverses classes de niveaux différents. Il me reste encore aujourd’hui quelques connaissances avec qui nous avons partagés nos jeux d’enfants.
Puis à Delme le cour élémentaire deux années pour passer au cours moyen avec Monsieur Baillet une année. J’en garde la aussi divers souvenirs, de bons copains de classe qui par la suite dans la vie se sont retrouvé très distant…
Je reconnais que je ne suis pas un modèle non plus pour aller vers les gens, marqués certainement par un complexe relatif à notre situation financière précaire qui n’a cessé que de me poursuivre dans mon existence.
Comme les années précédentes, nos parents ne pouvaient pas s’occuper de nous au vus du travail qu’ils avaient, et compte tenu aussi de résultats scolaires moyen que je ramenais, je fus donc envoyé à partir de la septième au pensionnat des frères Maristes à Aulnois sur Seille à 8 kilomètres de Delme !
Expérience très douloureuse, se retrouver en pension, interne si prêt de son domicile.
Comme pour beaucoup les dimanches soir prémices du retour à la pension ont été assez pénibles et traumatisants, au fur et à mesure que le temps s’égrenait, mon cœur se serait, encore aujourd’hui je fais régulièrement des cauchemars de retour vers ce château ou le lundi matin, apercevant le toit de cette prison hebdomadaire une angoisse me paralysait. Heureusement que Bernadette notre secrétaire nous a permis à Jeannot et à moi par des mots d’excuses (même dans le dos de nos parents) de rentrer les jeudis au début et les mercredis après-midi ensuite.
De ce passage outre le fait que nous étions obligés d’étudier, des souvenirs mitigés…bien pour le vivre ensemble (qui nous a permis de trouver notre service militaire plus facile et plus agréable) puisque nous étions habitués déjà à la discipline.
C’est à cette période que le virus du football est né en ce qui nous concerne, puis tous les sports nous ont appris à se dépasser pour réussir, basket, handball gymnastique etc.
Bien sûr qu’à cette époque si l’on m’avait demandé de choisir de revenir à l’école à Delme j’en aurais été très heureux, mais il est certain aussi que ma vie en aurait été tout autre…
Comment est-ce possible que ce petit garçon que j’étais, faisait l’artiste chantant, dansant devant l’assemblée réunis lors des veillées de fin de trimestre avait pu devenir ce garçon si timide à la sortie du pensionnat.
Le jour où tout a basculé, c’est le titre d’une série télévisée. Une série où chacun comprend qu’il y a eu un avant, mais qu’un événement surgissant, l’après-changera profondément notre existence.
En ce qui me concerne, cet événement est arrivé lorsque je devais avoir une douzaine d’années.
Les temps et la circulation routière n’étant pas ce qu’elle est aujourd’hui, nous pouvions donc nous adonner à notre sport favori sur la place bordant la route nationale en face de notre restaurant.
Deux habits en guise de délimitation de but, nous partagions avec mes frères et des copains des matchs endiablés ou nous nous prenions pour les vedettes de l’époque stéphanoise, les frères Revelli et autre Piazza.
Aujourd’hui, je suis assis à mon bureau pour écrire, je tourne la tête et par la fenêtre sur cette place, je me revois cinquante-cinq ans plus tôt…
Soudainement, notre réceptionniste de l’hôtel à l’époque était venue me chercher prétextant que ma mère Yvette m’appelait.
Le garçonnet que j’étais traverse la route, passe devant la réception et grimpe jusqu’à la chambre numéro vingt, chambre de mes parents. Je découvre alors ma mère en sanglots, les joues toutes rouges, un gant de toilette sur le front !!!
Une crise de nerfs ?
Bienvenu dans le monde des adultes.
Je lui sers un verre d’eau et après s’être calmée, elle m’explique qu’elle avait découvert que son mari (mon père) avait une liaison avec une femme de ménage, employée chez nous, et de surcroît son amie. Elle était blessée et meurtrie. Yvette ouvre alors le placard du haut et en descend une valise. Maman y place quelques affaires et dit vouloir partir.
J’ai le souvenir d’avoir été complètement dévasté devant ce que j’étais en train de vivre. M’accrochant à elle et me rendant compte que notre univers était sur le point d’exploser, je fonds en larmes moi aussi.
Je ne sais pas si ces pleurs ont eu un effet sur elle, mais soudain elle réalise que tout le travail qu’elle avait pu consacrer à cette entreprise ne pouvait s’arrêter à cause d’une tromperie.
Je la revois remettre sa valise dans l’armoire et me dire
- Et puis non, je ne vais pas laisser tout ce que j’ai fait jusque-là à cette femme !
Adieu, mon enfance…
Durant les années qui ont suivi, ma mère a fait de moi son soutien et son confident. Combien de fois me suis-je ainsi opposé à mon père en fin de repas, me levant pour le défier en voyant l’assentiment dans les yeux de ma mère. J’ai traversé pour elle bon nombre d’épreuves contre mon père contrairement à lui, qui, petit à petit trouvait refuge dans l’alcool. Au fil du temps il la supportait d’ailleurs de moins en moins, le rendant pathétique.
C’est bien des années plus tard, après la mort de mon père lorsque ma mère vieillissante m’appelait « Marcel » que j’ai compris les séquelles que cet événement avait laissées en moi et l’impact que cela a eu sur mon développement psychologique à l’adolescence et je dois bien l’avouer dans ma vie adulte.
Les adultes ne devraient jamais prendre en otage leurs enfants pour traverser leurs difficultés de vie de couple.
C’est ce jour-là que pour moi tout a basculé.
Durant cette scolarité chez les frères, il est un événement dont je dois parler, car lui aussi a influencé mon développement d’adulte. Feignant de longues semaines une maladie quelconque, je ne voulais plus retourner au pensionnat. Après divers examens médicaux, il s’était avéré que je n’avais rien qui justifiait que je reste à la maison.
Mais dans les faits, et j’ai enfuis et gardé ce secret très longtemps, j’ai été victime d’un frère, le frère Bernard qui venait le soir près de mon lit me faire des attouchements et se frotter contre moi. Ce drame a perturbé très longtemps ma vie d’adolescent et plus tard mon rapport avec les femmes. De plus ma mère meurtrie dans sa chair par le comportement de mon père et de ses frasques, n’avait de cesse que de dévaloriser la gente féminine et leurs comportements. Ce n’est bien plus tard à l’âge de 45 ans et qu’à la perte de mon œil (névrite optique rétro bulbaire) non expliqué que j’ai pris conscience de vivre ma vie et de me sortir de ces freins pour tenter de m’épanouir.
L’école hôtelière de Strasbourg.
Après cette scolarité qui s’est terminée par deux événements contradictoires, l’un plutôt mauvais ou j’échouais au brevet des collèges, et l’autre ou j’étais reçu à l’école hôtelière de Strasbourg. Etablissement de formation professionnelle de l’hôtellerie restauration réputé au niveau national en 1972. Se dessinait alors un avenir tout tracé. L’avais-je choisi ? je me suis posé cette question à l’âge de quarante ans. Ayant lu plus tard un livre sur les familles est leurs descendants, j’ai appris que souvent dans une fratrie les parents mettaient beaucoup de responsabilités et d’espoirs sur le deuxième enfant. Était-ce ce qui fût ma destinée…je le crois oui.
Location d’un appartement au 15 de la rue Vauban à Strasbourg, mon mini vélo blanc pour aller en classe, je déambulais dans les rues de Strasbourg et découvrais l’indépendance et la débrouillardise.
Cet appartement était sous loué à deux professeurs avec qui je m’entendais assez bien quoi que pas du même bord politique que moi. Abonnement au train sur la ligne Metz Strasbourg, je rentrais tous les week-ends au restaurant pour travailler. Je me souviens de ces moments que je partageais avec mon père lorsque les matins de bonne heure il me ramenais à la gare de Metz où nous prenions un café au comptoir. Le serveur était un homme assez efféminé mais qui était un spectacle à lui tout seul. Notamment la fois où il a fait sortir un SDF du bar en l’arrosant à l’eau de seltz occasionnant bien sur l’hilarité des clients mais surtout celle de mon père qui riait aux éclats.
Je me destinais à devenir maître d’hôtel, j’aimais le service et j’y avais de bonnes notes ainsi qu’en cuisine d’ailleurs. Pas très doué pour les autres matières, c’est au bout de la première année qu’il m’a fallu faire un choix pour la seconde…serveur ou cuisinier ? À la réunion de fin d’année, le professeur de cuisine monsieur Delle tombe que j’admirais par ailleurs conseilla à ma mère de m’orienter vers la cuisine argumentant qu’en service je pourrais toujours me débrouiller mais qu’en cuisine, il fallait apprendre.
J’ai quand même remporté en cette fin de deuxième année le concours de cuisine Alsacienne, exæquo avec un copain nommé Fétique et départagé par ordre alphabétique. Le concours réalisé sous la présidence de Paul Eberling de l’auberge de l’Ill à Illhaeusern. Son fils Marc participant au concours avait oublié de piquer la pâte de sa quiche ayant pour conséquence de déborder. À la remise des prix, surprise ! il avait été créé un prix de dextérité le récompensant…les inégalités de nos conditions sociales venaient de poindre.
Dans ma tête j’avais déjà l’idée de revenir à Delme au restaurant pour y travailler.
À la fin de cette deuxième année, j’ambitionnais de faire un brevet de technicien hôtelier, cependant mes résultats en matières générales ne me permirent pas d’accéder à cette formation malgré l’intervention de ma mère chez la censeure de l’école Madame Sutter qui sur l’avis de madame Guillot la professeure de comptabilité y opposa un véto.
J’ai donc passé ces deux années de formation ou il me reste comme souvenirs quelques bons moments avec des copains, des stages le premier à l’Arbaron au Carros d’Araches en haute Savoie, stage choisi par mes parents et obligatoire pour entrer au lycée hôtelier (mesure que l’éducation nationale ferait bien de rétablir) au vu de la désaffection pour le métier aujourd’hui. Stage en service ou malheureux, ne supportant pas le premier éloignement de mes parents, je leurs écrivais une lettre tous les jours pour qu’ils n’oublient pas le 18 juillet… date à laquelle ils devaient venir me rechercher. En faisant le ménage le matin j’essayais de me casser le bras pour mettre fin à ce stage, mais devant la douleur que ça faisait, je n’y suis pas arrivé. C’était la première fois que je me retrouvais seul et c’était donc très difficile à vivre pour l’adolescent que j’étais.
1973 Chanson de Michel Fugain
Mon deuxième stage s’est effectué à Montélimar, justement sur l’autoroute (baptisé cette année-là « l’autoroute du soleil »).
Dans ma tête j’avais évolué, j’étais à l’école hôtelière, j’avais choisi ce métier et donc je ne devais plus être inquiet. Cependant, la veille de commencer, comme pour le premier stage, nous dormions à Cassis et je n’ai pratiquement pas fermé l’œil de la nuit à me demander comment allait se passer cette épreuve. Après m’avoir déposé au PLM sur l’autoroute, je regardais depuis la passerelle s’éloigner la voiture de mon père. Encore aujourd’hui lors que je repasse à cet endroit incontournable pour rejoindre le midi, j’aime regarder et repenser à tous ces souvenirs même si cela barbe mes accompagnateurs.
Je rejoignais donc la chambre ou deux de mes camarades de l’école de Strasbourg m’attendais. La cohabitation s’y est bien déroulé dans l’ensemble à l’exception d’un vol d’un poste de radio que ceux-ci avaient perpétré à la boutique du restauroute. Devant ma colère ils sont allés le cacher à l’extérieur du bâtiment ou nous logions.
D’un point de vue professionnel, malgré une lettre que j’ai rédigé en guise de rapport de stage à l’école pour me plaindre et surtout pour demander ce que nous faisions nous, brillant élève de l’école de Strasbourg dans de tel établissement.
J’avais 15 ans, je n’étais pas en mesure de comprendre, malgré l’expérience que j’avais par rapport aux autres stagiaires, travaillant déjà dans l’affaire familiale sur ce PLM (Paris Lyon Marseille) j’y ai appris la rapidité et la débrouillardise. Dès le premier jour, en service je me suis retrouvé à gérer un rang et des clients du début à la fin d’un repas. En deux mois de temps j’y ai perdu 8 kg me donnant comme si cela était mon affaire et avec un salaire de 400 francs par mois soit 62 € et 800 francs 124 € de pourboire prouvant bien mon état d’esprit empathique de l’époque.
Le directeur monsieur Arletti nous avait réunis les stagiaires et moi pour nous vanter les mérites de la restauration de grand groupe de Jacques Borel et nous dire que la restauration traditionnelle et familiale n’avait plus d’avenir… A l’issu de cette réunion, ce jour-là j’ai su que toute ma vie je démontrerais le contraire.
Mon troisième stage lui s’est déroulé à Fréjus Saint Raphaël aux « Résidences du Colombier ». J’ai démarré ce stage avec un jour de retard, en effet celui-ci commençant un week-end et pour cause de travail au restaurant à Delme je suis arrivé dans cet établissement ou mes collègues m’observaient bizarrement du fait de ce contretemps. Idem, la veille de commencer, à l’hôtel à Saint Raphaël nuit blanche pour moi, stressé que j’étais de commencer cette nouvelle étape en cuisine.

Pareillement je me suis donné à fond dans mon travail ou j’étais très apprécié de mes collègues et de mon patron puisqu’à la fin de ce stage qui s’est terminé deux jours après les autres (je rattrapais mon retard du début) j’ai vu mon père verser quelques larmes devant les compliments que celui-ci lui avait fait à mon égard (J’étais un peu gêné je dois l’avouer). Durant ce stage nous étions contrôlés par un enseignant du lycée, en l’occurrence la même censeure Madame Sutter qui m’avait refusé le passage en BTH et qui devant les compliments du directeur des résidences du Colombier me donnait rendez-vous à la rentrée des classes, ne se rappelant même plus que je n’avais pas été admis à poursuivre mes études. Difficile à cet âge-là d’admettre tout cela.
À la fin de ces deux mois, une semaine de vacances réunissant mes parents, Jeannot, Mimi et moi. Vacances à l’hôtel en pension quelques jours à Saint Ai Gulf ou nous allions faire de la plongée au tuba dans une petite crique ou nous étions seul et qui donnait directement de l’hôtel à la plage. Parties de ping-pong endiablées, balades en voitures (activités favorites de notre père). Vraiment un moment de vie précieux qui nous marqua tous…Arriva aussi le moment de mettre au train Jeannot à Montpellier pour Strasbourg car lui, reprenait le travail.
Pour nous c’était direction les Pyrénées et le Pays basque Arcangues, village ou est enterré Luis Mariano que ma mère appréciait énormément. C’est là qu’un soir, à Hasparren, ma mère m’a proposé qu’après ces vacances je rentre travailler à Delme. J’avais postulé à ma sortie de l’école pour aller travailler sur les croisières PAQUET (célèbre à l’époque) ou les cuisines de l’Elysées. Mes rêves n’avaient pas de limites. (Sourire)
Et voilà Claude Lelouch
Le mariage Le soir de leurs noces, le 5 juin 1944, Henri et Janine s’installent dans une maison d’Arromanches, sur la côte normande, achetée à une vieille dame. Au matin, c’est le Débarquement. Henri participe malgré lui à un acte de résistance. Héros local, il animera chaque année la cérémonie du souvenir…
À l’obtention de mon permis de conduire 18 ans sonnant, nous avions pris comme habitude, tous les lundi après-midi de fréquenter les salles obscures. D’ailleurs le matin même ayant réussi cet examen, (à cette époque nous recevions le petit papier rose provisoire) nous permettant de rouler. Tout de suite, ma mère me proposa d’aller au cinéma à Metz. J’ai le souvenir d’une grande appréhension car j’avais passé le permis en campagne et là si vite, je me retrouvais en plein centre-ville. Ça c’était bien elle.
J’avais 18 ans, et ce film qui m’a beaucoup marqué, c’était une histoire ou toute la vie d’un couple se décomposait, de la rencontre, au mariage puis les différents épisodes de la vie, tromperies etc. pour en arriver à la vieillesse ensemble. Imaginant pour moi une vie idyllique, tout au long de mon existence, j’ai souvent repensé à ce film enfui dans ma mémoire et que j’aurais bien aimé revoir…1974
Mes débuts au Restaurant, les relations avec le personnel, la cuisine, la découverte du monde professionnel, les concours, l’armée.
Me voilà donc revenu à Delme, en cuisine au côté de ma mère. Un peu trop rapidement, usée très certainement par une vie intense qu’elle avait conduite jusque-là. Elevée 4 garçons, construire la douzième borne, et vivre une situation personnelle éprouvante. Elle me laissa les commandes de cette fameuse 12ème borne. D’abord en cuisine ou mes débuts furent très laborieux. Voyant ce que faisait ma mère et ce que j’avais appris à l’école hôtelière, j’étais terrorisé, car ne sachant pas cuisiner des plats comme la tête de veau, le couscous, la choucroute, une potée Lorraine etc. et qui était le fonds de commerce de l’époque, j’appréhendais le moment ou le personnel découvrirait mon inculture locale.
Mes débuts furent d’ailleurs très douloureux, une épreuve m’a marqué bien longtemps. J’avais cuisiné un coq au vin rouge et un client prompt à critiqué était passé en cuisine au passe voire ma mère pour lui dire qu’il ne fallait pas me laisser en cuisine car le coq au vin qui lui avait été servi n’était composé que d’os…Cet homme influant auprès d’une certaine clientèle du village, je voyais déjà ma renommée détruite. Cette remarque m’a beaucoup affecté et a participé à développer un manque de confiance en moi. Aujourd’hui avec du recul, ce client avait certainement raison mais à cet âge il est difficile de l’accepter.
J’ai voulu instaurer des relations plus humaines avec le personnel ; et sur le modèle de ce qui se faisait à l’école hôtelière, j’ai proposé à nos employés le jeudi de passer une commande de Kouglofs pour le samedi que je leurs préparais gracieusement…naïf que j’étais. Ayant imposé mon autorité professionnelle naturel, j’ai commencé à entendre ici et là que j’étais trop dur, que le personnel mangeait mal alors qu’ils étaient libres de composer et préparer les repas qu’ils souhaitaient sans aucunes consignes. Bien sûr j’ai vite abandonné les avantages pâtissiers que j’avais voulu mettre en place.
J’ai refait la carte, changé les plats et proposé une cuisine mixant les savoirs de ma mère et ce que j’avais appris à l’école hôtelière.
Sur les tables de la salle de devant que nous voulions plus gastronomique j’ai remplacé les nappes en papier par du tissus pour améliorer le service avec Marie notre serveuse emblématique (considéré comme notre sœur).


Avec ma mère nous sommes allés dans les Vosges acheter du linge pour agrémenter la grande salle de derrière, des ballots de tissus blanc pour faire de longues nappes que Jeanine ma cousine et Yvette confectionnaient.
Pour l’hôtel aussi, nous avons achetés des draps qui s’ajustaient au matelas et que nous pouvions laver, réduisant du coup les frais de blanchisserie.
Après deux années passées comme cela, il a fallu que je parte au service militaire. Marcel ayant sa carte au RPR, parti politique du général de Gaulle, il est intervenu auprès des services de notre député et connaissance monsieur Pierre Messmer. Je me suis retrouvé le matin du 1er avril de l’année 1976 à la chaîne d’habillement du 1er Régiment d’infanterie à Sarrebourg. Regardant par un soupirail les rayons du soleil qui éblouissaient la pièce, je réalisais seulement que j’étais là, enfermé pour une année. Heureusement, j’avais un véhicule, une Méhari Citroën qui me permettait après mes deux mois de classe, finalement de rentrer presque tous les soirs et de garder le contact avec le restaurant et le personnel.
Les choses ne s’étant pas arrangés avec mes parents, ceux-ci faisaient « chambre à part ». Depuis les événements (Yvette ne pardonnant pas à Marcel son infidélité). Lui dormait dans notre maison attenante où logeait les apprentis. Elle conservait la chambre vingt à l’hôtel. Un grand lit séparé en deux lits jumeaux et durant toute ma période militaire, je faisais le veilleur de nuit. J’ai souffert durant un bon moment des rumeurs que certaines personnes du village avaient colportés en racontant que je couchais avec ma mère. Puis je me levais à 6 heures pour rentrer au mess des officiers ou j’avais été affecté après mes classes en tant que comptable 8 mois et cuisinier les deux derniers mois.
