💠 Il existe dans chaque vie des apprentissages silencieux, ceux que l’on ne remarque pas tout de suite mais qui transforment profondément notre manière d’avancer. La sécurité financière fait partie de ces piliers discrets. Elle ne naît pas d’un coup d’éclat, mais d’habitudes simples, répétées, presque modestes, qui finissent par bâtir une stabilité solide.
Dans ce chapitre, je reviens sur ces gestes du quotidien — parfois anodins, souvent sous-estimés — qui permettent, au fil du temps, de créer un socle rassurant pour soi et pour ceux que l’on aime.

Chapitre 5

Les passages difficiles, les déceptions du personnel, les vacances ruineuses, les bricolages matériels, la mort de mon père.

Et revoilà Claude Lelouch

II y a des jours… et des lunes est un film français réalisé par Claude Lelouch, sorti en 1990. Ce film explore l’influence de la pleine lune sur la vie de plusieurs personnages dont les destins se croisent et s’entrecroisent. Pendant cette période, certains personnages vivent des moments heureux, tandis que d’autres traversent des épreuves difficiles, exacerbées par le changement d’heure qui a lieu la même nuit 2.

Le film commence avec des situations où tout semble aller pour le mieux : Caroline épouse Jacques, un marin normand ; Gérard, un routier, vit une relation harmonieuse avec sa jeune femme ; et d’autres personnages, comme une hôtesse de l’air et un avocat, ainsi qu’un restaurateur et sa femme, semblent également heureux. Cependant, l’arrivée de la pleine lune et le passage à l’heure d’été apportent des tensions et des désenchantements amoureux.

Finalement, tous les personnages se retrouvent sur une petite place où se produit un dénouement dramatique

Là encore, beaucoup de comparaison avec notre vie, d’abord ce chauffeur routier Gérard Lanvin qui prend du retard par rapport au changement d’horaire et qui cumul les emmerdements tout au long de sa journée pour finir avec cet accès de colère, situation qui pourrait nous arriver à tous. Ces dernières paroles qui après avoir poignardé l’automobiliste un témoin dit « vite un médecin » et le poignardé dire « je suis médecin »

Ce restaurateur qui voit sa femme partir et donc une situation qui montre bien les difficultés de notre métier pour joindre vie professionnelle et vie privée. Que dire aussi de la prestation de Paul Prébois si ordinaire et si remarquable

🌱 Ouverture du chapitre

Parce qu’elle touche à nos choix, à nos peurs, à nos projets et à notre rapport au futur, la sécurité financière raconte bien plus qu’une histoire d’argent. Elle révèle une manière de se positionner dans la vie : avec prudence, lucidité, mais aussi confiance. Ce chemin, je l’ai compris progressivement, en observant comment de petites décisions pouvaient changer la trajectoire d’une existence. C’est cette prise de conscience, simple mais essentielle, que je souhaite partager ici.

Une notion plus humaine que comptable

La sécurité financière n’est pas seulement une affaire de chiffres alignés sur un relevé. Elle touche à quelque chose de plus intime : la sensation d’être capable de faire face, de ne pas vaciller au premier imprévu. C’est un sentiment qui se construit lentement, presque sans qu’on s’en rende compte, à travers des choix raisonnés, des renoncements mesurés, et une certaine façon de regarder l’avenir avec lucidité.

Les déceptions du personnel

Ma première et grande désillusion avec le personnel arriva avec un cuisinier. Celui-ci avait à peu près le même âge que moi, il était de la région mais travaillait à Vittel dans les Vosges. C’est sa mère qui désirant que son fils revienne dans la région, m’avait contacté après une annonce parue dans la presse. Me vantant les mérites de celui-ci et ayant toujours été intéressé à employer les gens du secteur, je pris donc ce garçon à l’essai. Une complicité immédiate s’installa entre nous, avec le même objectif, faire évoluer la douze. Nous nous entendions si bien, que me rendant à Paris lors d’un salon professionnel, je l’avais emmené avec moi pour découvrir les nouveautés matérielles et profiter de notre séjour à Paris pour voir un spectacle et diner dans un bon restaurant, en l’occurrence c’était au « Pied de cochon » établissement qui existe encore aujourd’hui.

Entre temps, notre réputation commençait à faire son petit chemin, et nous avions été contacté Mimi et moi pour faire partie de « l’association des chefs de Moselle ». Ce groupement réunissait comme son nom l’indique les meilleurs établissements de Moselle et organisait des manifestations gastronomiques prestigieuses.

Notre venue dans cette association ne s’est pas faite sans animosité, certains collègues ne nous considéraient pas comme de vrais professionnels, et il a fallu donc montrer beaucoup de déterminations pour s’imposer.

C’est à ce moment et lors d’une manifestation qui s’appelait « Gastrolor », que nous avions décidé lui et moi de tenir le restaurant gastronomique, une journée sur ce salon, que ma première déception est arrivée. Après avoir mis au point le menu et l’avoir testé longuement, le lundi précédant notre prestation, cet employé ami, m’envoya un arrêt de travail, me laissant seul pour animer ce grand jour.

Heureusement, la famille est grande et Jeannot qui travaillait dans une collectivité est venu à la rescousse et nous avons réalisés tous les deux un magnifique repas.

Je ne devais jamais revoir ce cuisinier…si…le jour ou Marie notre serveuse ouvrit son restaurant dans le même village que nous, c’était lui qui était aux commandes de la cuisine.

Cet épisode en dit long sur la nature humaine et le courage des gens, pourquoi autant de jalousie sous-jacente. Après cet évènement, j’ai passé des nuits à cauchemarder, ne comprenant pas du tout comment l’être humain pouvait être si faux.

Ma deuxième déception est venue de Marie, notre sœur de cœur, que ma mère considérait comme sa fille puisqu’elle était venue travailler toute jeune chez nous, d’abord comme bonne et qui évolua vers serveuse et appris tout chez nous. Tellement bien appris que le restaurant au Savoy dirigé par Alice et Bernard Bel est venu la débaucher. Hélas, Elle fut employée comme serveuse au bar et rencontra (jolie fille qu’elle était) un entrepreneur de Sarrebourg client de ce restaurant qui lui fit un enfant qu’il ne reconnaitra jamais. Sur ce les tenanciers du restaurant se séparèrent d’elle, elle partit travailler au magasin réunis à Nancy.

Quelques temps plus tard, Yvette qui avait toujours gardé un œil sur elle la récupéra et engagea une collaboration étroite qui allait durer de longues années. Marie faisait partie de la famille, elle était la confidente de ma mère. Visite chez les cartomanciennes, vacances avec nous, cinéma etc…jusqu’au jour où quelques années après son mariage avec Henri ils décidèrent de reprendre l’auberge de Delme tenu préalablement par René et qui avait été détruite lors d’un incendie. Sois dit en passant lors de cet incendie, il s’est avéré que par une négligence de la brasserie Amos, le fonds de commerce n’était pas assuré et nous avons donc perdu tout son contenu.

Sans nous en parler, Henri (le marie de Marie) et son frère ont racheté les ruines de cet établissement et ont reconstruit un hôtel d’une dizaine de chambres et un restaurant. Comment oublier que durant toute la construction, Marie et Henri distribuaient des cartes de leur nouvelle affaire à nos clients, qu’ils recrutaient bon nombre de nos employés. D’un point de vue gastronomique, ils faisaient une cuisine copie conforme de la Douzième Borne.

Coup très dur pour nous puisqu’au-delà de la déception humaine, et une discussion de réprobation de ma mère, Marie lâcha ce fameux « mais madame FRANCOIS vous n’avez plus besoin de rien vous » il fallait bien admettre que les nouvelles chambres de leur hôtel étaient équipées de salle de bain et WC individuel.

Un peu avant l’ouverture de leur établissement, je me souviens être parti quelques jours sur la côte Belge, la boule au ventre, et c’est au cours d’une balade le long de la mer qu’il m’est venu la solution pour les contrer. Descendre drastiquement les tarifs, ce que nous avons fait et donc limité la casse.

Toujours dans le même chapitre, et quelques années après, mon père décédait, 1991, c’est au cours de l’enterrement, à l’église et devant l’étreinte sincère de Marie que j’ai commencé à pardonner. Ce jour-là j’ai compris qu’elle n’avait rien oubliée et qu’il restait des liens intenses avec notre famille. Surtout que quelques années après, c’est Henri son mari qui me téléphona car Marie voulait renouer avec ma Mère. Elle allait très mal et Yvette était son salut. Ils ont bien fait car ma mère est décédée quelques temps après en étant elle aussi contente d’avoir renoué avec sa fille de cœur.

Ce que l’on apprend en observant la vie quotidienne

On comprend souvent l’importance de cette stabilité en observant les autres : un parent prudent, un ami prévoyant, un voisin qui gère ses affaires avec calme. Ces exemples, parfois discrets, nous montrent que la sécurité financière n’est pas un privilège, mais une discipline douce, accessible, qui s’apprend au fil des années.

Les vacances ruineuses

Durant toute notre jeunesse, nous avons bénéficiés de belles vacances avec nos parents, Yvette et Marcel aimaient beaucoup l’Allemagne et l’Autriche, reste de la guerre, ils parlaient tous les deux un Allemand des plus correct.

C’est par la suite que les choses se sont gâtées. Sans s’en rendre compte, mes parents sont passés d’une vie bienfaisante et sans difficultés financières à une vie illusoire. Une fois par an en Janvier après le repas des anciens de la commune de Delme et environs, ils fermaient l’établissement pour une quinzaine de jour. Après ce repas, l’habitude était de faire un grand repas avec les membres du syndicat d’initiative qui avaient servit bénévolement. C’était l’occasion pour mes parents de vider les frigos et de participer à cette ambiance de village qui n’existe plus de nos jours.

Dès le lendemain nous partions toute la famille aux sports d’hivers, Isola deux mille, La Plagne, Super Dévoluy, Courchevel, et enfin Val d’Isère ou nous retrouvions des amis de René, rescapés de son passage aux chasseurs alpins à Annecy. C’était un véritable déménagement, Nos parents partaient avec la camionnette remplis de bagage et de victuailles. Nous nous partions avec nos voitures, en l’occurrence Jeannot et moi étions partis en Méhari jusqu’à Nice. Inconscient je doublais les camions sur le plateau de Langres en plein brouillard. Je suis certain que nous avons bénéficié d’une protection divine, peut-être notre passage chez les frères Maristes.

Il me reste aujourd’hui quelques souvenirs des plus marquants, à Courchevel 1600 la carte bleue de fin de séjour réglé par mon père chez le traiteur ou je me demandais si la banque allait l’honorer.

A Super Dévoluy et après un voyage semé d’embuche, le sentiment qu’arrivé à cet endroit personne ne nous retrouverais, étant harcelé par les banquiers pour combler nos différents découverts.

Le dernier souvenir traumatisant se passa sur un remonte pente aux Ménuires ou le banquier m’appela pour me dire que le chèque de l’URSSAF se présentait et que compte tenu de notre découvert il me flanqua d’un « Je ne peux pas payer » me laissant dans un désarroi des plus dramatique.

Durant toutes ces vacances nous accompagnais divers amis et quelques membres de notre famille, tout cela nous a laissé de si beaux moments de vie, même si je me rends bien compte aujourd’hui que nous vivions largement au-dessus de nos moyens. Ces souvenirs là nous les garderons dans nos mémoires. Il est vrai que nous travaillions tous ensemble toute l’année et que ces vacances étaient largement mérités. D’ailleurs, après tous ces péripéties, notre courage et notre volonté nous a montré le chemin de la réussite.

Les petites habitudes qui changent tout

Ces gestes simples qui s’accumulent sans bruit

Ce sont rarement les grandes décisions qui transforment une vie, mais plutôt les petites habitudes répétées. Mettre un peu de côté, éviter une dépense inutile, réfléchir avant d’acheter… Ces gestes semblent insignifiants sur le moment, mais ils finissent par dessiner une trajectoire plus sereine.

Les bricolages matériels

Petit à petit notre hôtel restaurant commençait à retrouver ses lettres de noblesse et c’est à ce moment qu’est arrivé le Sida synonyme de catastrophe pour la partie hôtel de notre exploitation. Les chambres modernes en 1968 ou il y avait des WC et des salles de bains sur le palier étaient devenus tout à coup obsolètes. La dangerosité de ce virus avait créé une panique dans la population et nos chambres ne se louaient donc presque plus. Après un passage au salon de l’équipe hôtel j’avais trouvé la solution miracle pour nous sauver. Installer dans toutes les chambres des sanibroyeurs à la place des bidets. Notre trésorerie se trouvant toujours très tendus nous avons donc réalisés les travaux de quelques chambres, 4 il me semble. Ces WC qui remplaçaient les bidets nous les avions installés dans les salles de bain les plus spacieuses. Un matin je fus appelé par une cliente très mécontente à la réception de l’hôtel car prenant sa douche alors que sa collègue faisait ses besoins, au moment de tirer la chasse d’eau ses excréments était remontés dans la douche. Nous ne savions pas qu’il fallait installer un clapet anti-retour à la sortie d’un Sani broyeur…

Ensuite avec Mimi nous avons décidés de mettre des douches dans certaines salles de bain et réalisé des travaux de peintures par nous-même…bricolage en fait. Alors oui en faisant des tarifs aux ras des pâquerettes nous avions retrouvés une clientèle de représentants de commerce qui appréciaient plus l’ambiance du restaurant que le confort de l’hôtel. L’outil de travail vieillissait petit à petit avec son lot de drame quotidien, fuite d’eau sur le réseau occasionnant des inondations dans la cave, un mètre d’eau un matin, canalisations d’évacuations des eaux de la cuisine qui se bouchaient régulièrement occasionnant par le fait dix centimètres d’eau grasse en cuisine. Pour la petite anecdote je n’ai jamais oublié ce jour ou un rat remonté par les évacuations de la cuisine arriva en plein milieu d’un service du soir et où nous avions barricadé la sortie du passe afin qu’il n’aille pas se promener en salle. Jeannot quant à lui était grimpé par peur sur une table de travail (rires).

Impossibilité aussi de chauffer comme il faut les salles de restaurants ou nous étions obligés avant le service de mettre une bouteille de gaz avec un réchaud que nous enlevions les premiers clients arrivants. Que dire aussi de l’étanchéité de la grande salle ou nous placions des seaux aux endroits ou l’eau s’infiltrait et combien de réveillon de la Saint Sylvestre ont été sauvés grâce au gel le jour même qui étanchéifiait la salle le temps de la soirée. Depuis le paradis, je crois que Marcel veillait sur nous et réglait les températures pour nous soulager.

Notre position financière vis-à-vis des banques faisait que nous étions obligés de réaliser les travaux nous-même, ce qui n’était évidemment pas très bien réalisé reportant les problèmes aux lendemains.

La mort de mon père.

Val d’Isère, restaurant « La Corniche » qui louait en même temps de grands appartements que notre mère avait pris soins de louer en été lors d’un détour d’un voyage vinicole. Ayant reçu des réprimandes de certains clients, et avec le désir d’étoffer notre carte des vins, j’avais acheté le guide « Hachette des vins » et trouvé de bonnes affaires ayant un bon rapport qualité prix. Mes parents, parcouraient toute la France sauf le Bordelais que je considérais trop loin, pour ramener des pépites, enrichissant notre cave.

C’est donc ainsi qu’en janvier 1992, alors que notre séjour au ski avec toute la famille se terminait, nous avions trouvés mes frères et moi que notre père nous regardait charger les véhicules sans nous aider. Le connaissant bien, cette attitude était inhabituelle et se sentant fatigué, à notre retour il effectua des consultations, jusqu’à des radios à l’hôpital de Château Salins qui ne détecta rien d’alarmant.

Les jours passèrent et les mois aussi, son état se dégradant, perte de poids, en septembre il consulta son médecin le docteur Lambert qui l’envoya ce coup-ci passer des radios à Metz à l’hôpital Claude Bernard. Se sentant de plus en plus fatigué et ne voulant pas nous déranger, il était allé à ce rendez-vous sur la ligne régulière en bus…Je dois bien reconnaitre que nous aurions du montrer certainement plus de compassions à son égard lors de ce moment.

C’est à son retour, vers 13 heures ce 13 septembre et après avoir amené ses résultats à son médecin traitant, que le téléphone sonna. C’était le docteur Lambert qui nous fixait rendez-vous à Mimi et à moi. Arrivé à son cabinet, je compris tout de suite la gravité de la situation. Votre père est atteint d’un cancer généralisé et il va décéder prochainement…devant mon incompréhension et mon désarroi, je lui demandais s’il n’y avait pas de possibilité de soins, à Paris Villejuif hôpital réputé pour soigner les cancers ? Il me répondit que je pouvais essayer, mais que le cas de cette pathologie était comme un incendie intérieur et qu’il n’y avait plus rien à faire, si ce n’est de prendre nos dispositions…

A la maison, nous avons réunis le cercle familial et exposé les fait. Ne voulant toujours pas y croire, nous avons demandé notre ami et médecin du club de football, un deuxième avis. C’est naturellement que le dimanche suivant, lors d’une balade à vélo, en cycliste, il est venu dans mon bureau, devant mes trois frères et moi nous confirmer l’issue fatale de la vie de notre père.

Bien décidé à l’aider dans cette épreuve, nous avons donc pris le parti de lui cacher la vérité. Nous lui avons, avec l’aide du médecin inventé une maladie qui s’appelait une « gastrique »et qu’il allait guérir.

Encore aujourd’hui, je me pose la question de savoir si nous aurions peut-être mieux fait de lui dire la vérité plutôt que de jouer ce simulacre de guérison. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que pour la première fois de ma vie, j’étais devant une difficulté ou il n’y avait pas de solution…l’impression de se trouver devant un mur infranchissable, j’avais un genou à terre…

Un mois plus tard, son état s’étant détérioré le vingt-cinq octobre, un des moments des plus fort et pesant qui reste en moi, c’est la veille de sa mort ou, l’ambulance venant le chercher pour l’emmener à l’hôpital, nos regards se sont croisés, et nous avons compris tous les deux que l’issus de cette maladie était proche. Ce jour-là et après son départ je me suis isolé dans notre jardin et pleuré.

Arrivé à Claude Bernard et entrant dans la chambre avec le brancard, mon père apercevant le numéro de sa chambre, me confirma qu’il avait déjà occupé cette chambre ce qui me surpris, me prouvant sa lucidité et me redonna de l’espoir.

Je suis allé ensuite au bureau des infirmières, leurs remettre les traitements que le médecin lui avait prescrit, et sur le moment je n’ai pas compris pourquoi cette infirmière me déclara « ne vous en faites pas, il ne souffrira pas… »

En fait, inconsciemment, je ne voulais pas intégrer que la fin était proche. Je suis allé le retrouver et c’est lui qui nous a demandé de partir. Je faisais partie d’une commission au foot à la ligue de lorraine, et ce soir-là je suis allé à Merlebach ou les lorrains jouaient contre les Sarrois. Assis sur le banc de touche, le regard dans le vide, je repensais à ce que m’avait dit cette infirmière, « il ne souffrira pas… »

Le lendemain, je téléphonais à l’hôpital pour prendre de ses nouvelles, et c’est tout naturellement qu’une infirmière de ce service me dit que ce serait bien de venir et d’être là lorsqu’il se réveillera.

Je montais, rassuré dans ma voiture pour le rejoindre. En franchissant la porte de sa chambre, un spectacle insoutenable se présentait à moi. Marcel avait les mains et les jambes crispés à outrance, et une respiration difficile. Ressortant de la chambre pour aller alerter les infirmières, je rencontrais son compagnon de chambré qui me dit « alors il va bien ce matin !! » je lui répondis « vous trouvez ? ».

Rentrant à nouveau dans la chambre il fût pris de panique devant l’état de mon père, ne comprenant pas la situation lui qui avait vu mon Papa se raser une demi-heure avant.

Je téléphonais rapidement à ma mère pour lui demander de venir.

Alerté par la panique de ce monsieur, les infirmières arrivèrent et le placèrent dans une autre chambre. Quelques instants plus tard, il m’a semblé que mon père était décédé et je suis donc allé demander aux infirmières de venir le constater.

Au sortir de leur bureau et au fond du couloir, je vis arriver ma mère et Mimi, l’horloge du couloir était sur midi, et je me revois leurs faire signe avec les bras en croix que c’était fini.

Pour achever cet épisode ubuesque de ma vie, nous avons laissé mon père habillé dans son cercueil en survêtement, lui qui n’était pas sportif du tout. Le temps de retourner à Delme chercher un costume, la rigidité du corps ne nous l’aurait pas permis

Dernière désillusion, nous avions chargé notre service funéraire du village de récupérer le corps de mon père pour l’amener à la maison mortuaire de notre citée. Il a fallu l’intervention de notre ami médecin pour négocier auprès du chef de service de l’hôpital, car de sombres magouilles entre croque-mort et médecin empêchait la récupération de la dépouille de mon papa.

C’est le soir lorsque Mimi, un bon client de l’hôtel et moi sommes allés le voir au funérarium, que devant sa dépouille, j’ai reconnu mon père, lui qui était rongé depuis quelques temps par cette sale maladie, avait retrouvé un visage familier et détendu.

Paradoxe de ce métier, lors de ce moment pénible, nous nous étions engagés à fournir en traiteur une manifestation d’envergure à la foire de Metz qui s’appelait « Euro viandes »

Le jour des obsèques, l’école hôtelière nous a remplacé au pied levé, et le lendemain, je suis allé assurer la prestation.

Les conditions de travail étaient spartiates, nous travaillions dans des tentes sur des réchauds. Au menu, l’entrée était une salade du père François… et le plat un navarin d’agneau. J‘ai réchauffé le navarin dans la sauce sauf que… après quelques instant j’ai senti une odeur de brulé, Mon navarin était en train d’accrocher. J’ai donc ralenti les bruleurs, mais déjà les premiers clients arrivaient.

Ce qui devait arriver arriva, quelques clients mécontents sont venus agresser mon frère René. Je me revois dans cette tente, derrière la bâche séparent la salle de la cuisine, entendre ces paysans crier. J’aurais voulu fuir, ce jour-là, et c’est la seule fois dans toute ma carrière ou j’ai mis un genou à terre…

Le rapport personnel à l’argent

Entre prudence, liberté et responsabilité

Notre rapport à l’argent raconte beaucoup de nous : nos peurs, nos envies, nos limites. Avec le temps, on apprend à trouver un équilibre entre prudence et liberté, entre ce que l’on veut et ce que l’on peut réellement assumer. Cet équilibre, une fois trouvé, apporte une forme de paix intérieure.

Ce que l’on transmet, consciemment ou non

Sans le vouloir, on transmet à ceux qui nous entourent une manière d’aborder l’argent. Par nos choix, nos réactions, nos priorités, nous offrons un modèle — parfois imparfait, mais authentique — qui peut aider les autres à comprendre l’importance de la stabilité.

Construire un socle pour l’avenir

Les décisions qui rassurent et stabilisent

Certaines décisions, même modestes, ont un impact durable : rembourser une dette, anticiper une dépense, préparer un projet. Elles renforcent ce socle invisible sur lequel on peut s’appuyer lorsque la vie devient plus incertaine.

L’importance de se sentir maître de son chemin

La sécurité financière n’est pas une fin en soi. C’est un moyen de se sentir libre, de choisir, de ne pas subir. Elle permet d’avancer avec plus de sérénité, de construire, de transmettre, et parfois même de rêver un peu plus grand.

Conclusion

Ce que cette prise de conscience a transformé pour moi

Comprendre l’importance de ces petites habitudes a changé ma manière d’aborder le quotidien. J’ai réalisé que la stabilité ne se décrète pas : elle se construit, patiemment, avec constance et humilité.

Une manière d’avancer plus sereine

Aujourd’hui, je vois la sécurité financière comme un compagnon de route. Elle n’efface pas les incertitudes, mais elle les rend moins menaçantes. Elle permet d’avancer avec confiance, et d’offrir à ceux que l’on aime un environnement plus solide.